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Qui était Arthur Rimbaud ?


Le voleur de feu de Sarah Cohen-Scali



Question de : Maude, 8 ans, étudiante : "Qui était Arthur Rimbaud?".

Réponse de : Alexis, 19 ans, étudiant.



Courte biographie :


Jean Nicolas Arthur Rimbaud est un poète français né à Charleville-Mézières le 20 octobre 1854 et mort le 10 novembre 1891 à Marseille, à seulement 37 ans. Enfant précoce et brillant, il commence la poésie à l’âge de 14 ans et publie Etrennes des orphelins dans La revue pour tous en 1870. Cette publication fût possible grâce à l’aide de son nouveau professeur de rhétorique monsieur Georges Izambard. Celui-ci va faire découvrir la poésie moderne à Arthur Rimbaud ainsi que des œuvres qui bouleverseront le jeune homme – autant sur le plan personnel que littéraire – telles que Les Misérables de Victor Hugo. Sa mère est d’ailleurs contre ce type d’enseignement comme le témoigne cet extrait de lettre ; envoyée à Georges Izambard :


Monsieur
Je vous suis on ne peut plus reconnaissante de tout ce que vous faites pour Arthur. Vous lui prodiguez vos conseils, vous lui faites faire des devoirs en dehors de la classe, c’est autant de soins auxquels nous n’avons aucun droit. Mais il est une chose que je ne saurais approuver, par exemple la lecture d’un livre comme celui que vous lui avez donné il y a quelques jours (les misérables V.Hugo) [...]
J'ai l'honneur de vous présenter mes respects.
V. Rimbaud


Ensuite la guerre éclata entre la France et la Prusse à l’été 1870 et Rimbaud fugue plusieurs fois à Paris. Il y rencontrera Verlaine qui deviendra son amant dans les années 1871/1872. Après quelques temps de libertés et de voyages en Europe (France, Belgique et Royaume-Uni notamment) où Rimbaud écrit notamment Les Illuminations, Verlaine blesse Rimbaud avec un pistolet et est condamné à dix-huit mois de prison.

Deux ans après cette rupture violente, Rimbaud prend la décision de ne plus jamais écrire de sa vie à l’exception de lettres pour sa famille et son meilleur ami Ernest Delahaye.

Après une dizaine d’années de vagabondage en Europe et au Proche Orient, il débute un trafic d’armes avec Pierre Labatut en Ethiopie. Fin 1880, amputé de sa jambe droite et atteint du cancer, Arthur Rimbaud revient en France. Il meurt à Marseille le 10 novembre 1891.



Analyse de Sensation de Rimbaud :


Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers, Picoté par les blés, fouler l’herbe menue : Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds. Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien : Mais l’amour infini me montera dans l’âme, Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien, Par la Nature, – heureux comme avec une femme.


Mars 1870


Arthur Rimbaud, Poésies



Au sein de ce poème Sensation, Rimbaud laisse imaginer deux scénarios : celui de la projection d’une balade qu’il réalisera sous peu et celui d'un rêve magnifique et inatteignable.


1 - Tout d’abord le narrateur paraît libre. Les « sentiers » sont infinis et le « vent » circule librement dans cet « été » doux aux couleurs « bleus ». De plus le « blé » et « l’herbe » installent une sensation d’immensité où des images de champs et de plaines viennent à l’esprit du lecteur. Le premier quatrain a donc pour objectif de fixer ce décor de liberté, accentué par l’assonance ouverte en « é » rimant avec cette même liberté. Par la suite Rimbaud est bien plus direct quant à ce dégagement lorsqu'il écrit « et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien ». Toutefois, malgré l’explicité de ce vers 7, il ne faut pas négliger le premier quatrain qui prépare le lecteur – presque inconsciemment – vers cet élan. De plus le silence de la nature environnante « je ne parlerai pas » renforce la grandeur du cadre.


2 - Parallèlement à cet ambiance de liberté, le poète évoque l’amour : « mais l’amour infini me montera dans l’âme ». Ce vers 6 conforte le lecteur dans son sentiment d’abandon par le terme « infini » qui offre au poème une dimension absolue. Cependant, la convocation de l’amour au second quatrain modifie quelque peu le sens du premier. Tandis que le lecteur était concentré uniquement sur le vagabondage du narrateur, Arthur Rimbaud nous offre – plus qu’une simple liberté – une harmonie. Celle de l’homme et de la nature. L’emploi de la nature est d’ailleurs assez courant chez Rimbaud (cf. Roman, Ma Bohème, Le Dormeur du val…)

Cette nature-ci suffit au vagabond. Il forme avec elle un tout, un équilibre qu’aucune force ne peut ébranler. Il rapproche d’ailleurs cette relation à celle qui existe avec l'âme sœur véritable « heureux comme avec une femme ».


3 - Enfin il est possible de se questionner sur le titre « Sensation » et l’emploi du singulier. Le poème réunissant quasiment les cinq sens : « picoté », « sentirai » pour le toucher, « parlerai » pour l’ouïe, l’ensemble du décor mis en place pour la vue, « le blé » et l’odeur de la nature environnante pour l’odorat. Mais l’intégralité de ces sensations semblent former un tout homogène et indissociable. Une sensation unique de bien-être, de plénitude.



Sources :


https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/2017/11/04/arthur-rimbaud-dans-la-vie-litteraire-de-son-temps/


http://rimbaudexplique.free.fr/poemes/sensation.html


https://fr.wikipedia.org/wiki/Arthur_Rimbaud#%C2%AB_Trafic_%C2%BB_d%E2%80%99armes_au_Choa_(1885_%C3%A0_1887)