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Pour ou contre le véganisme ?


Végan World de Diane Rousseau



Question de : Léa, 14 ans, étudiante : "Faut-il que tout le monde soit végan?".

Réponse de : Le Bien Vivant, guide d'alimentation végan et de Paul Ariès, politologue et écologiste.



POUR

Le Bien Vivant, guide d'alimentation végan, de nutrition et de consommation


Le véganisme est un mode de vie visant à ne consommer aucun produit issu des animaux ou de leur exploitation, souvent pour leur protection, pour celle de l’environnement, ou encore, pour les bienfaits nutritionnels qu’apporte l’alimentation végétale. Nous allons ici nous concentrer sur cette dernière facette.


Quelle que soit la façon dont l’animal a vécu, et dont il a été tué, la question à se poser est selon moi « pourquoi se nourrir d’un cadavre », même si l’intention est de ne pas gâcher.


Les valeurs nutritives d’un animal constituent un mythe, leurs protéines étant moins assimilables que les végétales. De plus, dans l’intestin, la viande, le poisson et les œufs se putréfient, le lait surit, quand les céréales et les légumes fermentent. Or la putréfaction multiplie les toxines et les bacilles putrides, ce qui modifie notre microbiote, notre « premier cerveau », pour tous les neurones qu’il héberge dans l’intestin, censé être rempli de bactéries de fermentation pour bien fonctionner.


Être végan est une démarche à la fois responsable envers sa propre santé, mais aussi au moment de ses achats, et enfin, tout au long de la préparation de ses repas.

Loin de moi cette définition qui consiste à soutenir ces industriels qui s’accaparent du « végan » avec leur gluten, leur soja cuit, leurs produits extrêmement sucrés, souvent emballés, et venus du bout du monde. Les restaurants aussi proposent la plupart du temps des aliments cuits.

Sortir de ce type de consommation et s’habituer à un autre rythme, en se réappropriant ses aliments, c’est la proposition de l’alimentation végétale.


Acheter des produits locaux, de saison et issus de l’agriculture biologique, et ses céréales, fruits secs et oléagineux en vrac, en venant en magasin avec ses propres contenants, se rendre à vélo (si possible) chez ses producteurs, sont autant de premiers pas pour consommer de manière responsable.

Cela dit, la base de toute alimentation humaine est la lumière (du soleil), puis l’air (le plus pur possible), puis l’eau (filtrée et propre, sans contact avec du plastique), quand ensuite seulement entrent en scène les aliments solides. L’Homme a également besoin d’avoir un sommeil réparateur, essentiel au bon fonctionnement de son organisme.


En respectant cet équilibre, finie l’envie de pallier sa fatigue, son stress, ou toute contrariété par la nourriture avec des aliments considérés comme « réconfortants », qui donnent un plaisir immédiat, et éloignent en fait du plaisir durable.

On parvient au contraire à construire son alimentation, à organiser les temps de préparation pour se nourrir uniquement d’une alimentation vivante, c’est-à-dire ayant une forte concentration d’énergie vitale ou encore, un taux très élevé d’enzymes.


Le tout est de manger équilibré, et ce, à toutes les étapes de la vie.

Mastiquer ses bouchées jusqu’à transformer ses aliments en bouille et les insaliver complètement sont les deux étapes essentielles à respecter pour commencer une bonne digestion.

Manger varié et plein de vitalité est très facile.

Les fruits et légumes frais, les graines germées, les algues, les jeunes pousses, les aliments lactofermentés, accompagnés des huiles pressées à froid, des céréales et oléagineux trempés, constituent l’alimentation solide la plus riche qui soit.

Remplie de sérotonine, elle prend soin de nos organes, de nos cellules, des bactéries de notre microbiote, de notre cerveau, et même de notre bonne humeur.


L’alimentation végétale est aussi un moyen de constamment se nettoyer de l’intérieur, et les jus de légumes sont particulièrement adaptés pour garder le corps bien minéralisé. L’équilibre acido-basique est respecté, et ce sont ainsi nos pensées et nos émotions qui sont plus justes et équanimes, parce que ce qui les nourrit est neutre (la Voie du Milieu), et non « extrême » (très yin ou très yang).

D’ailleurs, nombreux sont les cas d’aide à la guérison de maladies avec l’alimentation végétale : alcaliniser un organisme est le meilleur moyen de ne pas nourrir des cellules malades.

Encore une fois, l’alimentation végétale nettoie.


L’alimentation végétale est un modèle durable, de bonne santé, où l’aliment est un médicament, et où le médicament est l’aliment.

Nous pouvons à tout moment nous nourrir, en pleine conscience, sans nuire, en revenant à des systèmes d’économie circulaire, où l’on est connecté avec ce que l’on mange. La permaculture, l’utilisation du compost, et l’éventuelle utilisation d’engrais d’animaux -vivant leur vie loin de toute exploitation, et prenant parallèlement soin des pâturages- sont autant d’attitudes constructives, emplies de gratitude.

La Terre ainsi soutenue et reconnue peut alors être nourricière, pour tous ses habitants. Il s’agit d’une situation d’urgence où cette alimentation peut clairement refertiliser les sols, trouver et conserver des solutions pérennes, en maintenant en plus les êtres humains en bonne santé.



Bien Vivant, guide d'alimentation végan, de nutrition et de consommation




CONTRE

Paul Ariès, politologue, écologiste, auteur de Lettre ouverte aux mangeurs de viandes qui souhaitent le rester sans culpabiliser (Larousse)


Le véganisme est une idéologie politique totalitaire, bien avant d'être un régime alimentaire

L’élevage est-il responsable de tous les maux dont on l’accuse ?

La vraie opposition n’est pas entre protéines animales et protéines végétales mais entre production industrielle de protéines animale et végétales d’une part et agriculture et élevage paysans d’autre part.


L'élevage n'est pas en soi responsable de la faim dans le monde. La première cause de la famine c'est la destruction des agricultures vivrières, c'est le fait de breveter le vivant, c'est l'achat des terres en Afrique, c'est le gaspillage alimentaire.


L'agriculture végane serait d'ailleurs incapable de nourrir huit milliards d'humains.

La seule solution pour remplacer le fumier animal serait d’utiliser toujours plus d'engrais chimiques, de produits phytosanitaires, bref tout ce qui détruit la terre/l'humus. L'élevage fermier n'est pas davantage responsable du réchauffement climatique. Une prairie avec ses vaches n'est pas une source mais un puits de carbone. Une prairie d'un hectare absorbe chaque année une tonne de CO2. L'élevage n'est pas responsable de la crise de l'eau potable. Les végans disent qu'il faut 15000 litres d'eau pour produire un kg de bœuf, mais ils confondent l'eau bleue réellement consommée et qui représente 3 % du total, l'eau grise qui sert à l'assainissement des installations (encore 3 %) et l'eau de pluie qui se trouve dans la praire (94 %).


J'ajouterai que les protéines végétales ne sont pas, par ailleurs, égales aux protéines animales. Les végans manquent, en réalité, sacrément d'imagination. Ils n'ont dans la tête que le modèle détestable de la grande industrie. Cette industrie a transformé les animaux en machines à produire des protéines au plus bas coût possible. Cette production industrielle ce n'est plus de l'élevage, de même que les OGM ne sont plus de l’agriculture paysanne. Ce modèle productiviste est d'ailleurs impossible. Les pertes sont de l'ordre de 18 à 40 % du chiffre d'affaires. La maladie de la vache folle a coûté plus de 1200 milliards de dollars. Les industriels ont pensé imposer la viande clonée mais les consommateurs n'en veulent pas. Ils souhaitent, désormais, en finir avec la vraie viande, le vrai fromage, le vrai lait, les faux œufs, pour imposer, par exemple, les « fausses viandes » fabriquées à partir de cellules souches.


On trouve déjà derrière ces projets d’agriculture cellulaire les dirigeants des GAFA, ceux de Google, Amazone, Facebook, Microsoft. On croise aussi les plus grands responsables de la sale viande comme la firme Tyson Foods, premier producteur mondial de volailles, de porcs, de bœufs qui annonce vouloir devenir, comme Nestlé, une entreprise végane… L’Europe n’est pas en reste : le financier européen le plus important, Jeremy Coller, a réuni un consortium de 2,4 billions de dollars (je dis bien billions, c'est-à-dire des milliers de milliards) pour imposer le secteur des fausses viandes, grâce au réseau FAIRR. Le véganisme est donc bien soluble mais dans le capitalisme biotech, comme le reconnait Peter Singer dans son éloge d’Henry Spira, le fondateur d’Animal Rights International, lequel a pactisé avec les grandes firmes (McDonalds, KFC, etc) suscitant la colère des militants de base s’estimant dupés. Ils avaient raison !


Les végans sont-ils des super écolos ?


Les fameux « Lundis sans viande » ne sont pas nécessairement plus écolos car remplacer de la viande issue de l’élevage fermier par des céréales industrielles serait très mauvais pour les paysans, les mangeurs et la planète !


Les végans conséquents le disent ouvertement : ils ne sont pas des écolos. Ils haïssent l'écologie et les écologistes. David Olivier, un des pères des Cahiers antispécistes, signe dès 1988 un texte « Pourquoi je ne suis pas écologiste ». Il confirme (et il a raison) en 2015 dans Véganes « Nous voyons l’antispécisme et l’écologisme comme largement antagonistes ». Son compère Yves Bonnardel ajoute que le symbole de la nature serait la prédation. D’autres, comme Brian Tomasik, précisent que la prédation humaine ne serait qu'une goutte d'eau dans toute la prédation animale (le lion qui mange la gazelle, le chat qui dévore la souris, d’où la vogue de faire des chats végans). C'est pourquoi ces végans proposent de modifier génétiquement les espèces animales, voire d'éradiquer les espèces prédatrices. Les végans ne sont donc pas du côté de la défense de la biodiversité animale mais de sa réduction. Tous les végans veulent supprimer les animaux d'élevage. Certains envisagent de supprimer les animaux domestiques. D'autres souhaitent même éradiquer les animaux sauvages car la vie dans la nature serait surtout une souffrance.


Les catégories de pensée des végans sont donc contraires à celles de toutes les familles d'écologistes. Les végans ne pensent pas en termes d'espèces mais d'individus, ils ne pensent pas en termes d'écosystème. Ils ne sont pas du côté de l'agriculture paysanne et de l'élevage fermier mais du productivisme industriel. Les antispécistes les plus honnêtes reconnaissent que les droits des animaux sont contraires aux droits de la nature. Dont acte. Aymeric Caron se dit certes « écolo », mais comme il se dit humaniste tout en avouant sa misanthropie et en reconnaissant qu’il choisirait plutôt de sauver ses propres animaux domestiques que certains humains : « Imaginez que vous deviez choisir entre sauver la vie d’un animal (chien chat et poule) et celle d’un humain. Que feriez-vous ? (…) En ce qui me concerne, je sais qu’il n’y a quasiment aucune chance que je choisisse de sacrifier l’un de mes chats plutôt qu’un copain, un collègue ou, a fortiori, un inconnu » (in Vivant, p. 185), mais il conclut son ouvrage par un hymne (logique certes pour quelqu’un qui refusait de dénoncer les OGM) à l’intelligence artificielle, au transhumanisme : « Humain augmenté, réparé, hybridé, étendu, dites comme vous voulez, les biotechnologies sont en train de l’inventer (…) les machines deviendront de plus en plus humaines, les humains de plus en plus machines (…) Faisons des machines et des intelligences artificielles nos alliés (..) » (in Vivant, p. 252). Le pape du véganisme français rêve tout haut de remplacer la politique (la démocratie) par un robot (IA) beaucoup plus intelligent « Si l’IA peut avantageusement remplacer dans le travail les humains défaillants, irrationnels, fragiles, stupides, sans mémoire, aux puissances de calcul limitées, elle devrait pouvoir s’imposer dans un autre domaine où les capacités d’analyses, et donc de calcul, sont sollicitées dans des proportions inégalées : la politique » (Vivant, p. 245).



Je dis aux omnivores, devenez des mangeurs consciencieux, soyez aussi exigeants concernant votre alimentation carnée que végétale. Combattez avec la même fougue les lobbies de la viande, les lobbies des céréales et les lobbies financiers qui envahissent le secteur agricole. Je dis aux vrais défenseurs des animaux, ouvrez les yeux, les thèses des végans ne sont pas les vôtres.

Nous pouvons travailler ensemble pour inventer un élevage fermier comme nous travaillons ensemble pour combattre les OGM, les nano-aliments, l’irradiation des aliments, etc.


Je lance un appel à soutenir les abattoirs de proximité et l’abattage à la ferme, deux outils d’une agriculture paysanne relocalisée.

Je dis à la gauche et aux écolos, n’écoutez pas les milieux végans, ni les idéologues du Forum économique de Davos, n’acceptez pas de laisser dépolitiser la question alimentaire, la responsabilité des méfaits actuels n’incombe pas à un régime alimentaire omnivore mais à un système économique, au capitalisme, au choix du productivisme.



Paul Ariès, politologue, écologiste, auteur de Lettre ouverte aux mangeurs de viandes qui souhaitent le rester sans culpabiliser (Larousse).





@Alexis Galli