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Qui sont les royalistes français ?


Richard Coeur de Lion par l'Opéra Royal de Versailles



Question de : Pauline, 20 ans, étudiante : "Qui sont les royalistes français ?".

Réponse de : Bertrand Renouvin, directeur politique du bimensuel Royaliste et candidat royaliste aux élections présidentielles de 1974.


​Bertrand Renouvin :

Être royaliste, c’est se référer d’une manière ou d’une autre à une très longue histoire.

"En France, la monarchie est une institution qui s’affirme de façon continue à partir de l’élection d’Hugues Capet en 987 et le millénaire capétien a été célébré en 1987 par François Mitterrand et par Henri, comte de Paris, chef de la Maison de France. Toutes tendances confondues, les royalistes estiment que la monarchie capétienne a fondé l’Etat et la France dans le même mouvement historique et qu’il faudrait reprendre la conception monarchique d’un pouvoir politique arbitral et d’une nation indépendante de toutes les puissances extérieures.

Être royaliste, c’est également souligner une absence.

Le royalisme apparaît quand la monarchie royale disparaît à la suite d’une révolution dans la révolution – le 10 août 1792 - ou d’une révolte qui devient révolution antimonarchique lors des journées de 1848. Les royalistes militent pour la restauration ou la réinstauration de cette monarchie royale et c’est là que les différences et les oppositions apparaissent.

Il y a depuis 1789 une tendance contre-révolutionnaire qui n’accepte ni la Révolution de 1789, ni la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, ni, d’une manière plus générale, la modernité.

Cette tendance est celle des Vendéens et d’autres groupes insurgés pendant la Révolution, des ultra-royalistes sous la Restauration et des légitimistes qui récusent la Révolution de 1830 aboutissant à la prise du pouvoir par le duc d’Orléans, Louis-Philippe, qui devient roi des Français. Cette tendance, qui s’affirme encore « légitimiste » malgré la mort sans descendance du comte de Chambord en 1883, se réduit aujourd’hui à quelques cercles se réclamant d’un prétendant espagnol.

La seconde tendance contre-révolutionnaire a été constituée par l’Action française au début du XXème siècle. Sous la direction idéologique de Charles Maurras, positiviste anti-chrétien partisan de l’ordre moral catholique, ce mouvement créé en 1908 a installé le royalisme à l’extrême-droite. Condamnée par l’Eglise catholique en 1926, par le chef de la Maison de France en 1937 et par les tribunaux français après la Libération pour intelligence avec l’ennemi, l’Action française tente de survivre en défendant ses dogmes nationalistes, antidémocratiques et antirépublicains.

Face aux divers contre-révolutionnaires, d’autres partisans de la monarchie royale ont estimé que l’institution capétienne avait accouché d’une modernité qu’il s’agissait d’organiser. Les Monarchiens apparaissent en 1789 et comptent parmi les principaux rédacteurs de la Déclaration des droits, et les monarchistes libéraux tentent jusqu’en 1792 de maintenir l’accord entre les institutions représentatives et le roi de France. Les monarchistes libéraux s’affirment comme théoriciens et comme praticiens du régime parlementaire sous la Restauration et la Monarchie de Juillet. A la fin du XIXème siècle, les royalistes qui se réclament d’un catholicisme social tentent de faire adopter des mesures de protection sociale face à la violence du capitalisme.

Créé en 1971 à partir d’une scission de l’Action française, la Nouvelle Action royaliste se réfère explicitement aux Monarchiens et aux monarchistes libéraux et défend les principes de la démocratie parlementaire. Elle s’affirme républicaine selon la définition classique de la République comme gouvernement selon l’intérêt général.

Elle s’inscrit dans la tradition gaullienne, reconnaît la Vème République comme une monarchie élective et voit dans la monarchie royale l’aboutissement logique de la Constitution gaullienne.

Elle souhaite que soit prolongée la tradition capétienne de l’Etat, garantie suprême de l’unité, de la justice sociale, de la liberté des citoyens et de l’indépendance nationale.

C’est pourquoi elle milite pour le renforcement de nos moyens militaires classiques et nucléaires, pour une planification écologique et pour la nationalisation des secteurs-clés, pour le développement de la protection sociale et pour le dépassement de l’Union européenne dans une confédération continentale des nations européennes".



Finalement, malgré la faible représentation politique des partis royalistes, il se pourrait que, comme l'a souligné Bertrand Renouvin, l'esprit de la monarchie (avec certains de ses usages) persiste au sein de l'âme française.