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Qu'est-ce-qu'un booktubeur ?


Sculpture sur livres de Brian Dettmer



Question de : Karine, 49 ans, coordinatrice de formation : "Qu'est-ce-qu'un booktubeur ?".

Réponse de : Alexis, 19 ans, étudiant.



1- Qui sont les booktubeurs ?


Selon Booktube.fr, les booktubeurs « sont des passionnés de livres qui partagent leurs découvertes, leurs coups de cœur et leurs conseils littéraires sur leurs chaînes Youtube ». En effet le terme « booktubeur » est la contraction de ceux de « book » (« livre ») et « youtubeur » (membre de la plateforme Youtube).


Pour mieux comprendre le phénomène décrit voici l’exemple de « Audrey – Le souffle des mots », booktubeuse depuis 2013 totalisant plus de 4 300 000 de vues sur Youtube :






Voici une autre vidéo réalisée par TwoFaceLizzie pour comprendre comment les booktubeurs sont rémunérés :




2- Influenceurs ou critiques ?


  • Un influenceur est une personne qui utilise un blog personnel et/ou tout autre support (forums, réseaux sociaux et communautés) pour diffuser ses opinions auprès des internautes et qui est capable d'influencer ces derniers en modifiant leurs modes de consommation selon Emarketing.fr

  • Un critique est une personne spécialiste d’un domaine partageant « sa subjectivité » concernant une œuvre. Celui-ci fait partie d’une structure – en général une émission – et justifie son avis sur des critères plus ou moins établis.


Il est difficile de dire si les booktubeurs sont plutôt des influenceurs ou plutôt des critiques. En réalité ils sont un mixte des deux. Tout d’abord le support utilisé est similaire à celui d’un influenceur avec l’utilisation de réseaux personnels. Toutefois l’impact des booktubeurs sur le marché du livre est difficilement quantifiable et il n’est pas encore possible de dire que ceux-ci « modifient les modes de consommation » - comme le font les influenceurs. Mais les booktubeurs sont également des critiques tant ils donnent leur avis personnel – en bien ou en mal – sur chacun des livres présentés. Ils ne font toutefois pas partie de structure établie et sont donc considérés par la critique établie comme de simples blogueurs ou influenceurs, ce qui est loin d’être aussi évident.




3- Pourquoi ça marche ?


En effet, les booktubeurs cartonnent.

Sans atteindre les chiffres astronomiques de certains youtubeurs (comme Squeezie en tête du classement français), ils sont suivis par des dizaines de milliers de personnes.

Comme le souligne Booktube.fr, les booktubeurs sont passionnés. L’énergie dégagée lors de leurs vidéos apporte une véritable plus-value à leurs créations et motivent les internautes à dépoussiérer leur bibliothèque ! Leur capital sympathie est primordiale pour leur développement car il leur permet de s’adresser à une communauté large et diverse tout en étant soutenue par celle-ci. Car s’ils ne réalisent pas des millions de vues par vidéo, leur communauté est solide et (surtout ?) bienveillante. On peut voir sous les vidéos aussi bien des commentaires personnels complimentant le décor du booktubeur, sa façon de s’habiller, un éventuel animal de compagnie… bref son lifestyle, que des commentaires félicitant son contenu.





De plus, ces vidéastes sont normaux.

Contrairement aux critiques institutionnelles comme le Masque et la plume de France Inter parfois jugées élitistes – voire misogynes selon Mediapart – les booktubeurs sont des gens ordinaires, s'exprimant simplement et évitant de s’encombrer avec des références intellos superflues. Ce trait caractéristique de "normalité" peut d’ailleurs les rapprocher des influenceurs. Lorsqu’une marque de vêtements utilise Rihanna pour faire sa promotion, il est difficile pour certains de s'imaginer vêtus à l'identique de la superstar. Le recours à des influenceurs (sur Instagram par exemple) permet à un public plus hétérogène de se projeter dans la nouvelle collection. Pour les booktubeurs, c’est la même chose. A travers leurs explications et leurs découvertes littéraires, ceux-ci présentent les livres de telle manière que chacun est en capacité de les lire et de les aimer, même s’il s’agit des classiques les plus redoutables (et redoutés...).




4- Les émissions de critique littéraire sont-elles vouées à disparaître ?


En 2010 Nonfiction a publié une enquête sur les différentes influences au sein du marché du livre. Le résultat est tel : « Le critique littéraire ou de cinéma traditionnel n’a plus prise sur les goûts du public. Son jugement n’est plus suivi. »




Dans ce top 5 il est observé que les critiques classiques n’ont plus l’influence qu’elles avaient autrefois. De plus les blogs font une entrée évidente – mais pas moins retentissante – dans le classement. A noter que ce graphique date de 2010 soit au tout début des blogs et des booktubeurs…


Toutefois une émission telle que Le Masque et la Plume avoisine les 600 000 auditeurs par émission soit une performance remarquable.


Le constat est donc le suivant : les lecteurs continuent d’écouter/de regarder les critiques littéraires mais ne les écoutent plus au doigt et à l’œil quant à leurs achats de livres. C’est ce que rapporte un libraire interrogé par Nonfiction : « Si un auteur obtient un article élogieux dans le supplément littéraire de Libération ou du Figaro, il est heureux ; mais cela ne fait plus vendre de livres. Le Monde n’est plus vraiment un prescripteur, Le Figaro plus guère, et Libération plus du tout. C’est la fin des suppléments littéraires comme nous les connaissions et de leur rôle comme prescripteur culturel ».


Finalement Jérôme Garcin, directeur du service culturel du Nouvel Observateur et prodocteur-animateur de Le Masque et la Plume, résume honnêtement le rôle actuel des critiques : « Au micro, il faut être tranché, à la limite de la mauvaise foi et il faut accepter d’être comédien ». Autrefois de puissantes influences, ces émissions sont devenues des shows. Des scènes réfléchies et mises en place avec soin pour plaire, séduire, divertir. Cependant, les critiques littéraires ne sont pas à enterrer immédiatement. En effet les qualités des livres analysés et des intervenants ne pourront pas, même par les booktubeurs, être renversées si rapidement et si aisément.