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Pourquoi n'y a-t-il pas plus d'aide-soignants en France ?



Question de : Marcel, 81 ans, retraité : "Pourquoi le Ministère des Solidarités et de la Santé ne recrute-t-il pas plus d'aide-soignants ?".

Réponse de : Alexis, 19 ans, étudiant.



1) Devenir aide-soignant

L’aide-soignant est, selon le CIDJ, "sous la responsabilité de l'infirmier, […] s'occupe de l'hygiène et veille au confort physique et moral des malades. Il travaille principalement en hôpital mais aussi dans des centres communaux ou associatifs de santé".


Pour devenir aide-soignant il faut nécessairement passer un Diplôme d’Etat d’Aide-Soignant d'une durée d'un an, celui-ci ne demandant pas de diplôme préalable.

Sa rémunération mensuelle se situe entre le SMIC et 1400€ net selon le CIDJ et selon L’Etudiant.


Les débouchés sont très bonnes et rapides car, selon le Drees, + 80% des aide-soignants trouvent un emploi en moins d’un mois.



2) Aide-soignants en France

La question citoyenne posée concernant le recrutement d’aide-soignants, il faut donc rechercher quelle fût leur évolution au fil des années.


Les chiffres concernant le nombre d’aide-soignants varient mais il y en aurait 245 400 selon la DGOS en 2015. Quoi qu’il en soit, l’augmentation du nombre d’aide-soignants en 10 ans est très nette et se situe autour de 20%.


Ainsi, à ce stade de la réponse, il est déjà à noter que le nombre d'aide-soignants est en augmentation permanente en France.



De plus, selon le Ministère du Travail, la capacité d'aide-soignants devrait continuer de croître avec une augmentation nette de 103 000 postes entre 2015 et 2022.



Toutefois, deux éléments sont à noter.

Premièrement malgré le nombre de diplômés « quasi-stable » on remarque une baisse de la part des aides-soignants employée dans le secteur public.


Les aides-soignants post-initiaux étant des personnes en reconversion d’emploi tandis que les aides-soignants primo-sortants sont des personnes fraîchement diplômées.



Deuxièmement, on note une baisse de 42% du nombre d’inscrits au concours d’entrée depuis 2014 ainsi qu’une baisse de 6% du nombre d’inscrits en formation, selon le Ministère des Solidarités et de la Santé. L’attractivité du métier est donc en forte baisse, notamment chez les jeunes étudiants – les primo-sortants.


Ainsi il paraît légitime de se demander pourquoi l'attractivité du métier d'aide-soignant diminue chez les jeunes et si le gouvernement y est pour quelque chose... En effet la question d'un recrutement efficace ne suppose pas seulement l'embauche finale d'employés mais suppose bel et bien un mécanisme tripartite, réunissant la mise en valeur de l'intérêt commun de la profession, la formation de qualité puis l'embauche finale - encadrée de conditions décentes.

3) Attractivité de la profession d’aide-soignant


Attractivité en baisse concernant les primo-sortants (soit les étudiants).



La baisse du niveau d’attractivité du métier d’aide-soignants est complètement liée à leurs conditions de travail, toujours plus difficiles, ainsi qu’à leur situation professionnelle.

En effet, il est remarqué que les aide-soignants prennent plus d’arrêts maladies que la moyenne nationale.

Ces écarts peuvent paraître logique du fait du contact avec les malades. Mais ce fait n’explique pas tout. Selon les statistiques du Ministère des Solidarités et de la Santé, les aide-soignants prennent également plus d’arrêts maladies que les médecins, également du secteur médical. Cette différence est d’ailleurs explicitée par le ministère lui-même en ces termes : « ces écarts s’expliquent par des différences de conditions de travail, notamment d’exposition aux contraintes physiques. »




De plus, on note également une augmentation de 4,7% de contrats précaires (CDD) selon l’étude « Les établissements de santé – Edition 2017 ». Ainsi, malgré une employabilité forte du métier d’aide-soignant, celui-ci devient de plus en plus instable ce qui renforce la baisse de son attractivité.

Enfin, le manque croissant de moyens alloués au secteur médical ne fait qu’augmenter les tensions et les pressions exercées sur les aide-soignants.

Juste un exemple : en 2005, dans le secteur public, 288 866 lits étaient disponibles tandis que seulement 253 364 sont disponibles aujourd'hui (en 2018). Ces 35 502 lits de moins équivalent à 14% du nombre de lits total disponibles dans le secteur public. Ce manque de moyens les obligeant à faire plus vite et, in fine, moins bien.


Pour tenter de réanimer l’attractivité du métier d’aide-soignant, le gouvernement a proposé une série de mesures en février 2020 comme la suppression du concours d’entrée (sélection qui se fera désormais sur dossier), l’augmentation de la durée de formation ou encore la création d’un fond national de prévention. Il faudra donc suivre la réalisation (ou non) de ces mesures et observer (ou non) une amélioration de l'attractivité du métier d'aide-soignant ainsi que de ses conditions de travail.

Finalement, la question du recrutement d’aide-soignants par le Ministère des Solidarités et de la Santé résulte d'un double choix politique de moyen terme.

Le premier concerne bien sûr l’attractivité du métier, à commencer par mettre en application les mesures promises par Agnès Buzyn. Le second est lié à la crise du secteur médical et notamment celle de l’hôpital public. Les mesures annoncées le 20 novembre 2019 par le gouvernement comme la reprise d'un tiers de la dette hospitalière ont échoué à convaincre. Espérons qu'à l'avenir - et une fois la crise sanitaire actuelle passée - les leaders politiques prendront les mesures qui s'imposent afin de réanimer l'hôpital public et, plus généralement, le secteur de la santé en France.


@AuFéminin